Alpha portable, une des stratégies à privilégier en 2019 ?

Bilan 2018 et perspectives 2019

Les marchés financiers ont vécu l’an dernier leur pire année depuis 2008. La grande majorité des indices actions sont rentrés dans un Bear Market (marché baissier) en 2018, enregistrant une baisse supérieure à 20% depuis leurs précédents pics.

La nouvelle année sera marquée par le désengagement des banques centrales mondiales, en termes bilanciels. En effet, le bilan agrégé des principales banques centrales (Fed, BCE, BoE et BoJ) va se réduire pour la première fois. En revanche, si l’ampleur de cette réduction de la liquidité est connue, ses conséquences sur l’économie mondiale et sur les marchés financiers demeurent incertaines. Cette évolution appelle des adaptations en matière de gestion d’actifs.

Dans ce contexte incertain, il est impératif de repenser la construction de portefeuille et de sélectionner des stratégies adaptées au nouvel environnement. Les rendements espérés pour la gestion directionnelle traditionnelle doivent être revus à la baisse, et les risques sont accrus. Certains professionnels estiment que 2018 a ressemblé à 2007, l’année 2019 pourrait donc ressembler à 2008 !

Gestion passive ou gestion active

Il existe deux types de gestion directionnelle ou « long only ». La gestion passive consiste à répliquer la performance de l’indice de référence (ou « benchmark »), elle peut notamment s’effectuer à travers des ETF (ou trackers), tandis que la gestion active a pour but de battre cet indice de référence.

Cependant, peu de fonds activement gérés parviennent à réaliser cet objectif sur le long terme.

Beta et Alpha

Le risque (et indirectement la performance) d’un fonds ou d’un portefeuille directionnel géré activement peut se décomposer en deux parties : le risque de marché (le Beta) et le risque spécifique lié aux choix du gérant dont l’objectif est de générer une surperformance.

Le Beta mesure donc le risque systématique d’un actif financier : titre, portefeuille ou fonds, par rapport au marché ou à un indice de référence. Il permet de calculer le rendement attendu d’un actif en fonction du rendement du marché ou l’indice de référence ; si un fonds a un Beta de 0,75, cela signifie qu’il reproduit en moyenne 75% des hausse et des baisses du marché.

L’Alpha est un terme utilisé pour mesurer la capacité d’une stratégie à battre le marché, à générer une surperformance.

Génération d’alpha et convexité

Lorsqu’on analyse des fonds directionnels gérés activement, on recherche des gérants capables de générer de l’Alpha avec une convexité de la performance, c’est-à-dire avec une plus grande participation à la hausse de l’indice de référence qu’à la baisse de l’indice de référence.

Un fonds dont le Beta est de 0,75, pourrait donc répliquer 100% des hausses de l’indice en moyenne et seulement 50% de ses baisses… Ce type de fonds est très attractif et permet de surperformer le marché tout en réduisant le risque.

Alpha portable 

La surperformance du marché permet d’atténuer une forte correction boursière sans toutefois progresser.

Il est possible d’éliminer le risque de marché, en se couvrant, c’est-à-dire en vendant à découvert l’indice de référence pour annuler le Beta, afin de s’exposer exclusivement à l’Alpha du gérant (positif ou négatif).  

Cette technique d’alpha portable revient donc à isoler la surperformance du gérant (l’alpha) du Beta, elle constitue une stratégie de performance absolue.

Cette méthode n’élimine pas complètement le risque ; mais ce dernier n’est plus directement lié au marché, mais dépendant de la capacité du gérant à générer de l’Alpha.

Les stratégies d’Alpha portable permettent d’élargir l’univers d’investissement des stratégies de performance absolue au-delà des fonds alternatifs, d’accroître la diversification et d’améliorer le couple rendement risque des portefeuilles.

En effet, combiner des stratégies d’Alpha portable avec des fonds alternatifs faiblement corrélés, ayant chacun de bons couples rendement risque, peu corrélés entre eux, assure la robustesse des portefeuilles en constante évolution afin de s’adapter à l’environnement et aux contraintes de marché.

Toutefois, pour atteindre ce résultat, plusieurs étapes sont nécessaires dans le processus de sélection de fonds et stratégies investissables, notamment des analyses quantitatives et qualitatives, la difficulté principale consiste réside dans la sélection des sources d’alpha de qualité. Ainsi, par optimisation, il est possible de construire la meilleure combinaison parmi les fonds retenus, qui se doit d’être active avec une révision fréquente.

Conclusion

La gestion de portefeuille risque d’être davantage encore plus délicate en 2019 qu’en 2018. Il est essentiel de savoir s’adapter à l’environnement actuel et revoir les modes de gestion traditionnels. Il faudra s’aventurer en dehors des sentiers battus, sortir de sa zone de confort, bref : continuer d’encore et toujours innover et de nouveau penser différemment… C’est le défi que doit relever le multigérant au quotidien !

Thierry Crovetto / Président Délégué de TC Stratégie Financière SAM à Monaco

www.tcsf.mc /  tcrovetto@tcsf.mc

TC Stratégie Financière SAM est une société de gestion d’actifs basée à Monaco. En tant qu’entreprise étroitement liée au monde académique, notre approche se concentre sur la recherche qui mène à la fois à des conseils en matière d’allocation d’actifs et à des modèles quantitatifs plus complexes. Des mandats de conseil aux «produits d’investissement en marques blanches», nous cherchons à maximiser les performances des placements tout en minimisant les risques de perte en capital.

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