Les banques privées Suisses face à une crise sans précédents ?

swiss moneyMalgré sa position de leader incontesté sur le secteur de la gestion de fortune, le secteur bancaire Suisse subit depuis plusieurs années une des plus grandes crises de son histoire. Pour preuve, le nombre de banques privées Suisses a chuté de 170 en 2009 à un peu moins de 130 en 2014 (soit une baisse d’environ 23% sur 5 ans). Et les prévisions d’instituts spécialisés comme KPMG ou Ernst & Young sont alarmantes : 30% des établissements encore en activité devraient disparaitre d’ici trois à cinq ans. De quoi se poser de nombreuses questions sur une activité en pleine restructuration.

 

Quels sont les facteurs pouvant expliquer ce déclin progressif du secteur?

Tout d’abord, les nombreuses évolutions réglementaires de compliance toujours plus contraignantes, notamment pour les petits établissements financiers, ont conduit à l’augmentation du nombre de fusions et acquisitions ainsi qu’à l’augmentation du nombre de liquidations judiciaires. Aujourd’hui, on compte en moyenne 7 à 10 fusions et acquisitions annuelles.

Ensuite, la pression internationale exercée sur la confédération Helvétique a contraint le pays à revoir et à améliorer sa transparence fiscale. En mai dernier (mai 2015), la Suisse et l’UE ont signé un accord majeur qui marquera la fin du secret bancaire suisse pour les résidents de l’UE à l’horizon 2018. Cet accord devrait permettre de lutter contre la dissimulation de revenus non déclarés sur des comptes en Suisse. Un sacré coup de poignard pour les gérants de fortune qui perdent là un précieux avantage compétitif qui faisait leur force.

A cela s’ajoute la fin du maintien artificiel du franc suisse à un niveau planché. En effet, la BNS a surpris les marchés en janvier 2015 en décidant de mettre un terme à sa politique de soutien de la monnaie helvétique. Conséquence immédiate : le franc suisse s’est fortement apprécié face à l’euro en l’espace de quelques heures. Pour les banques privées Suisses qui doivent composer avec des coûts de gestion en CHF et des revenus en devises étrangères (notamment en euros), cette décision de la BNS a eu des répercussions immédiates sur leur rentabilité (diminué de 10 à 15% en quelques jours). Pour faire face à cette situation inédite, la grande majorité des banques privées Suisses a dû procéder à des réductions de personnel et à des restrictions d’embauche. En 2014, le secteur de la Banque Privée Suisse a connu une perte de 3569 employés (plus forte baisse du secteur bancaire).

Enfin, la digitalisation globale de nos économies modernes a également eu un impact important sur le secteur de la gestion de fortune. En effet, les attentes des clients ont évolué en adéquation avec leurs modes de vie connectés et de nombreux gérants indépendants n’ont pas su percevoir l’importance de ces besoins émergents. En conséquence, les banques privées n’ayant pas su prendre ce virage digital se sont rapidement retrouvées débordées et n’ont pas su combler leur retard.

Un constat à nuancer : la Suisse maintient sa position de leader mondial de la gestion transfrontalière

Malgré cette baisse constante du nombre de banques privées Suisses dû à une combinaison de facteurs qui a accéléré le phénomène, la Suisse reste encore aujourd’hui le leader mondial de la gestion transfrontalière avec 25% de parts de marché et plus de 4000 milliards d’actifs sous gestion.

Le lissage des marchés, impulsé par l’UE et les Etats-Unis et repris par les instances internationales a porté une sacrée estocade à la confédération Helvétique. On peut donc légitimement se demander si ce leadership résistera encore longtemps sachant que le secteur perd progressivement les atouts qui faisaient sa force autrefois.

Recent Posts